C’est avec beaucoup de retard que j’écris ce texte. Suite aux ateliers d’escrime thérapeutique que j’ai suivis en 2024, il nous avait été proposé de témoigner. A ce moment-là, je voulais attendre d’avoir le recul nécessaire sur l’impact de cette expérience, sur ma vie. Aujourd’hui, près de 2 ans après la fin des ateliers d’escrime, je peux enfin témoigner de mon vécu et de ce que ça a changé en moi.
J’ai été victime de violences sexuelles et d’inceste depuis mon enfance, et j’ai mis ce qui m’a semblé une éternité, à comprendre ce que j’avais vécu, à comprendre pourquoi j’avais ce mal-être intérieur. D’un naturel très introverti et fuyant le conflit, cela ne m’a pas aidée à me protéger des multiples agressions subies.
A l’âge de 18 ans, j’ai vécu une levée d’amnésie lors d’une consultation gynécologique. La boîte de Pandore était ouverte, et je savais que je ne pourrai jamais la refermer avant de traiter mes traumatismes.
J’ai erré plusieurs années, cherchant de l’aide auprès de multiples professionnels de santé, qui m’ont parfois aidée, mais souvent étaient démunis voire complètement à côté de la plaque. J’y ai laissé des plumes, mais sans jamais lâcher l’espoir que je puisse aller mieux un jour.
En 2023, j’ai assisté à une formation SVS : « Les bases », dans le cadre de mon activité professionnelle, mais aussi car j’avais besoin de comprendre mon histoire personnelle. C’est là que j’ai appris l’existence des ateliers thérapeutiques d’escrime. Je me suis dit « Et pourquoi pas moi ? ». Je pense avoir fait partie des premières inscrites, tant mon désir de suivre ces ateliers était grand.
A la rentrée 2023, j’ai donc entamé ce processus de thérapie avec SVS. Chacun des ateliers a été bouleversant et j’ai compris tellement de choses sur moi. Face à notre maître d’armes, pour la première fois de ma vie, j’ai pu me sentir forte, me défendre face à mes agresseurs. Ma voix a enfin résonné. J’ai pu sortir la rage que j’avais en moi ; rage qui jusqu’ici était dirigée contre moi-même au travers de comportements autodestructeurs et de pensées noires.
A côté de mes sœurs d’armes, je me suis sentie entourée. Je me suis sentie comprise et moins seule ; et je n’avais pas réalisé à quel point je m’étais isolée. Nous sommes liées par cette expérience hors du commun.
Maintenant, presque 2 ans après la fin des ateliers, et 10 ans après ma levée d’amnésie, je sens ce que les ateliers ont fait pour moi. Je n’ai pas immédiatement ressenti les bienfaits de cette expérience, car la thérapie est un chemin parfois pentu. Mais aujourd’hui j’ai GRANDI. Je ne suis plus bloquée dans mon corps d’enfant impuissante. Je me sens forte. Je me fais la promesse de me protéger car cela n’a pas été le cas avant ; et j’arrive à croire à cette promesse car je me sens forte et portée par une force collective.
Récemment j’ai été victime de harcèlement sexuel au travail. Si j’ai d’abord eu un réflexe de me remettre en question et de minimiser (certaines habitudes sont difficiles à éliminer), j’ai ensuite pu identifier les situations précises qui me mettaient mal à l’aise, et à comprendre que je n’avais pas à vivre ça. J’ai demandé à la personne concernée un entretien et je lui ai clairement dit mes limites, en lui demandant d’arrêter. J’ai tremblé avant, mais je me suis visualisé enfiler mon masque d’escrime et j’ai senti le courage en moi d’affronter la situation. Les événements ne se sont pas reproduits.
J’ai le désir d’être maman dans les années à venir. Plus jeune j’étais terrifiée à l’idée d’avoir un enfant et de reproduire les horreurs que j’ai vécues. Désormais je suis plus sereine quant à mon passé, et je me sais assez forte pour affronter mes démons s’ils ressurgissent.
Merci à toute l’équipe SVS de m’avoir permis de vivre cette expérience. Je ne suis plus la même personne tout en étant toujours moi-même.
Reconnaissance éternelle à mes sœurs d’armes sans qui cela n’aurait pas été possible.
Pour finir, je souhaite rendre un hommage à Muguette Dini qui nous a soutenues et s’est investie pour nous, victimes, d’une façon remarquable.
PARTICIPANTE ATE 2024